A En Gach (Graulhet) : 1ère pierre, rituel officiel, joutes verbales, transgressions minuscules

Mercredi 10 juin. Une fin d’après midi à En Gach, quartier d’habitat social en pleine restructuration de Graulhet. Ici, Rénovation et revalorisation y sont à l’ordre du jour. Le quartier doit prendre, en trois ans, un nouveau visage. Cette revalorisation a débuté au 1er trimestre 2008 par la destruction de quatre bâtiments, dont trois tours. Désormais, une intervention est en cours sur l’ensemble du quartier avec l’objectif d’en redéfinir l’habitat mais aussi les espaces de circulation. L’action entreprise entend favoriser la re-cohésion sociale. Avec, parallèlement à l’affirmation d’une nouvelle composition de l’habitat, des initiatives dans les domaines éducatif, culturel, et la relance de l’insertion professionnelle des jeunes et des moins jeunes. Ainsi, depuis fin mars 2009, au cœur de l’espace boisé du quartier – appelé à devenir un square urbain –un petit groupe s’active à restaurer… la ferme d’En Gach, dernier témoignage de l’En Gach d’avant, avant les premiers « grands immeubles » érigés au début des années 70. Avant, quand le terrain était une vigne…
Ce 10 juin, c’est la pose de la première pierre du chantier. Moment rituel. Vers 17 h 30, quand j’arrive, Un petit garçon, en vélo, me demande, à ma descente de voiture :« qu’est ce qui se passe là bas ? ». Là bas, une petite foule est déjà sous une tente autour de panneaux représentants le quartier – avant, pendant, après – et des responsables de Tarn Habitat décrivent les étapes des travaux et leurs objectifs. Aujourd’hui, je suis là « en touriste », je n’ai pas de sujet à faire pour le journal d’actualité. J’ai l’esprit un peu plus libre. Sans la préoccupation « de faire du son » d’actualité, de bien repérer les personnes à « interviewer », de dénicher où est la chargée de presse avec son dossier, de saisir les mots dits (au micro, ou en aparté) qui m’aideraient à bien saisir les enjeux – apparents, ou peut-être sous-jacents – pour pouvoir poser d’autres questions que les classiques (qui quoi ou quand…). Esprit libéré, donc, j’observe… matériel en main, à tout hasard. les techniciens volubiles, les élus évidemment pénétrés, les invités – habitants du quartiers, personnels intervenants dans la restructuration, partenaires de la politique de la ville, employés municipaux… - attentifs (par mimétisme, ou vraiment), ceux qui au fond papotent au bout d’un moment, le photographe de la mission départementale qui tire les portraits, le collègue d’un hebdo qui prend des notes, et…la chargée de presse avec ses dossiers.
Rituel, disait-on. Elus, techniciens, habitants, invités s’éloignent de quelques mètres pour rejoindre l’endroit du chantier où sont en train d’être creusées les fondations des futurs habitations. Une demi douzaine de parpaings attend le geste fondateur : les élus vont poser la première pierre. Un employé a déjà tout préparé : le mortier est fait, une partie de celui ci est déjà étalé sur le parpaing, les officiels peuvent disposer. Truelle en main, Jacques Valax, le président de Tarn Habit, Thierry Carcenac, Président du Conseil général, Jean Tackzuck, élu de la Région, y vont chacun de leur jeté de mortier… Ils s’amusent, ils plaisantent (« je le fais de la main gauche », dit l’un des élus « bâtisseurs », socialiste, « oui, mais vous le mettez sur le coté droit », lance une voix derrière), ils s’attardent, pour les photographes, tous en position « chasseurs » (d’images) aux aguets. La pose de la 1èe pierre s’achève quand un jeune du quartier interpelle les édiles : à cause du chantier, les habitants vivent cloîtrés dans leurs appartements… Les édiles – le Maire de Graulhet en tête -protestent de leur bonne volonté… En aparté, quelques techniciens indiquent qu’en comité de pilotage, le problème avait déjà été soulevé… Transgression, pas si minuscule que ça, l’intervention du jeune du quartier va marquer la suite de la cérémonie : le président de Tarn Habitat, au moment des discours, sous la pluie, tente, avec toute la rhétorique de l’avocat qu’il est, comme s’il s’agissait du discours de sa vie, de convaincre ceux qui l’on interpellé, de vaincre les réticences… les habitants écoutent son plaidoyer. Son évocation du grand jours, son propos sur la haute qualité environnementale des nouveaux logements. Il évoque que désormais il s’agit de faire, faire un nouveau quartier. Mais les enfants se précipitent déjà sur les petits fours. Quand le Préfet prend la parole, c’est, malicieusement, pour rappeler au Président de Tarn Habitat, que faire est un verbe un peu four tout. Que le faire, c’est faire des études, puis construire, puis aménager… qu’il y a des verbes plus précis pour dire les choses en trains de se réaliser, que le verbe faire. Curieuse sortie, un peu transgressive, qui s’explique sans doute par cette incidente du Préfet : il vient d’apprendre que le Conseil des ministres l’a nommé dans un autre département… Il se lâche… en quelque sorte.
Après les discours, je retrouve les jeunes du chantier de la ferme d’En Gach, rencontrés quelques jours plus tôt. Ils m’avaient raconté leur travail, sur le site même de la ferme. Ils me disent qu’ils sont content de me voir, que je suis le seul qu’ils connaissent. Et racontent comment les élus ont dit que ce qu’ils ont réalisé était « bien »… Leur problème : les paiements de salaires, dans le cadre de leur stage, ont dû retard. Les élus en ont pris note. Tarn Habitat leur a distribué des stylos et des casquettes. Ils les distribuent à leur tour. En rigolant.