Echos d'Afrique 6
Après deux semaines d'absence voici le retour de ces échos d'acutalité d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale. Ces échos sont rédigés pour l'émission la Chronique Africaine (première diffusion le mardi à 12 h 30 sur radio R d'autan : 105. FM à Lavaur; 100.2 FM à Gaillac; 102.8 FM à Castres et sur www.rdautan.fr). Ces échos d'actualités constituent une synthèse qui a la simple ambition de donner "une idée" de la vie qui va - ou ne va pas - dans cette partie du continent. Leur rédaction est établie principalement à partir d'information figurant sur les sites www.africatime.com et www.jeuneafrique.com, à partir de dépèches d'agences telles que Pana et Xihnua, et (parfois) d'informations communiquées par des amis africains. Cette semaine, l'actualité à la mode africaine de l'ouest et du centre est dominée par les obsèqaues d'Omar Bongo, feu le président gabonais, à la longévité inégalée à la tête d'un état africain "indépendant". Moins en vue, mais aussi importante sans doute : la polémique qui monte autour de la réforme constituionnelle tentée par le Président du Niger...

Le 25 mai 2007, quelques jours après son élection, Nicolas Sarkozy avait reçu Omar Bongo à l'Elysée. Le 8 juin 2009, il était aux obsèques du Président Gabonais.
Gabon
"Gloire éternelle à notre regretté président": Des affiches géantes ont été placardées à Libreville pendant une semaine, à l'image des obsèques grandioses que les autorités ont voulu organiser une semaine durant en hommage à Omar Bongo Ondima, 2ème président du Gabon Depuis l’indépendance. Décédé le 8 juin, à 73 ans, après trois semaines d’hospitalisation en Espagne, Omar Bongo a passé 41 ans à la tête du Gabon. Il était le plus ancien président Africain. Le fait est que, le 16 juin, jour des obsèques officielles, une quinzaine de chef d’Etat Africains étaient présents : ceux du Burkina Faso, du Cameroun, de Centrafrique, du Congo-Brazzaville, de République démocratique du Congo (RDC), du Mali, du Sénégal et du Tchad notamment. Après un défilé militaire, le cercueil d’Omar Bongo s’est envolé pour Franceville, où il a donc été inhumé jeudi dans l'intimité.
Aux cotés des chefs d’Etat et des représentants des gouvernements africains, dont les plus éminents dictateurs du continent, la France était particulièrement bien représentée lors des obsèques d’Omar Bongo, ce 16 juin à Libreville. Deux présidents étaient présents : un ancien, Jacques Chirac, applaudi à son arrivé ; l’actuel, Nicolas Sarkozy, sifflé et pris à partie verbalement par de jeunes gabonais qui criaient : «On ne veut plus des Français ! On veut les Chinois !». Autres membres de la délégation française : le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, le secrétaire d'Etat à la Coopération Alain Joyandet et les anciens ministres de la coopération Michel Roussin, Jean-Louis Debré, Jacques Godfrain. Autres personnalités françaises encore qui ont fait le déplacement : le «Monsieur Afrique» officiel du président Sarkozy, Bruno Joubert, assis juste derrière Robert Bourgi, son homologue occulte, successeur de Jacques Foccard dans l’animation des réseaux français en Afrique. L'élu Patrick Balkany et l'ancien grand maître du Grand Orient de France Alain Bauer - Omar Bongo était un franc-maçon déclaré – ont fait également partie du voyage. L'ancien patron de la compagnie pétrolière publique française Elf, Loïk Le Floch-Prigent, est venu personnellement déposer une gerbe de fleurs devant le cercueil d’Omar Bongo. Gerbes de fleurs aussi de la part d'Axa, Total, Bolloré, figures des réseaux franco-africains. La «Françafrique», cette relation complexe entretenue entre Paris et ses anciennes colonies d'Afrique, où se mêlent raison d'Etat, lobbies et réseaux politico-affairistes, s'était donc donné rendez-vous à Libreville pour les obsèques de son dernier «dinosaure», le président Omar Bongo.
GABON
Au Gabon, toujours, le contexte politique de l’après Omar Bongo est tendu. Officiellement, l’ordre constitutionnel est pour l’instant respecté : Rose Francine Rogombé, présidente du Sénat, membre du Parti démocratique gabonais (PDG), a prêté serment mercredi 10 juin et assure les fonctions de Présidente par intérim. Vendredi 12, lors du conseil des ministres, elle achargé le gouvernement de lui présenter un calendrier pour l'organisation d’une élection présidentielle. La Constitution gabonaise prévoit l'organisation d'une élection présidentielle 45 jours au plus tard après la prise de fonction du chef de l'Etat intérimaire. Cependant, dans les coulisses, des discussions ont lieu au sein du Parti démocratique gabonais (PDG), l'ex-parti unique fondé par le président Bongo et encore tout puissant avant sa mort, dont les caciques semblent peiner à s'accorder sur un candidat. Ali Ben Bongo, ministre de la Défense et fils du défunt, souhaite s'imposer comme successeur, mais il y aurait des résistances notamment de l’un de ses sœurs. Rappelons que, jadis considéré comme un petit eldorado pétrolier africain, le Gabon, exportateur de matières premières et importateur de biens manufacturés, est touché de plein fouet par la crise, victime de longues années d'une gestion sans diversification de l'économie, gangrené par la corruption. Ces dernières années, les mouvements de grève dans la fonction publique se sont multipliés et le pays à été à plusieurs reprises au bord de l’explosion sociale. Un important dispositif militaire est déployé dans la capitale depuis la mort d’Omar Bongo.
Niger –
Plusieurs dizaines de milliers de Nigériens ont manifesté dimanche 14 juin à Niamey contre le projet du président Mamadou Tandja d'organiser début août un référendum sur une nouvelle Constitution. Objectif du Président : faire voter une modification constitutionnelle qui mette fin à la limitation à deux consécutifs le nombre de mandats présidentiels et qui lui permette donc de briguer un nouveau mandat de cinq ans, à la fin 2009. A l'appel du Front de défense de la démocratie (FDD), une coalition de 200 partis, syndicats et ONG, les manifestants ont défilé pacifiquement dans les rues, à pied ou en motos, aux cris de "A bas 'tazartché' (la continuité), "tazartché est mort!". La marche a été marquée par la mort de l'ex-président de la Haute cour nationale de justice, victime d’un malaise alors qu’il allait prendre la parole.
Niger
On reste au Niger. La manifestation monstre du 14 juin est intervenue deux jours après un arrêt de la Cour constitutionnelle qui a annulé un décret présidentiel convoquant le corps électoral pour ce référendum le 4 août. Le 25 mai, la Cour constitutionnelle nigérienne avait déjà émis un avis défavorable à un tel scrutin. En guise de réponse, Mamadou Tandja avait dissous le Parlement dès le lendemain. Quelques jours plus tard, estimant que cet avis ne s'imposait pas à lui, il signait le décret fixant le scrutin au 4 août.
Ancien ministre des Affaires étrangères et numéro deux du Parti nigérien pour le développement et le socialisme (PNDS, principal parti d’opposition), Mohamed Bazoum promet marches et meetings pour faire échouer ce « processus de démolition des institutions démocratiques ». Quant aux sept centrales syndicales du pays, elles ont lancé un appel à la grève générale pour le 18 juin. C'est la première fois que ces centrales syndicales, qui regroupent à la fois les fonctionnaires et les employés du privé, appellent à la grève générale depuis la période des conférences démocratiques de 1990 - 1993.