Jean-Luc Melenchon en campagne à Albi

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16 h 40. Vendredi. Jean-Luc Melenchon est en campagne électorale pour les élections européennes de juin prochain. Etape à Albi. Il rencontre des représentants du monde hospitalier, au local du Parti Communiste. Ils et elles sont une vingtaine installés autour de tables mises bout à bout dans la salle Henri Texereau, du nom d'un ancien responsable départemental communiste, dans les années 70. La pièce est en long. A un bout une banderole. A un autre des casiers pour les tracts (sans doute) par secteurs du département, pour les informations d'actualité.

Avec les hospitaliers - de la C.G.T. - avec les membres des comités de défense des hopitaux de Lavaur et d'Albi, des élus sont là. Un conseiller municipal d'Albi. Un conseiller régional. L'échange prend la forme d'une substancielle information sur la situation de l'hopital de Lavaur. Le service de chirurgie va fermer. C'est pratiquement déjà fait. Et la maternité ne va-t-elle pas être désormais menacée. La présidente du comité de défense de l'hopital de Lavaur plaide, décrit comment la population a pu être leurrée, dit elle, parcourt l'histoire, remonte jusqu'au début des années 70. Les hospitaliers décrivent leurs conditions de travail, les méfaits de la T2A, comme ils disent tous. La T2A, c'est la tarification à l'acte, entrée dans le secteur hospitalier il y a quelques années et désormais généralisée. Plusieurs travaillent en service de psychiatrie. Un sage femme est là aussi. Ils parlent de l'attention à l'être humain, de plus en plus difficile. Et de proche en proche viennent l'évocation des vies pressurées, des rapports humains dégradés, des vies contraintes qui sont le lots de tant de personnes, et des conséquences que cela peut avoir sur la santé...

Jean Luc Mélenchon écoute. Il a l'air fatigué. Il l'est sans doute. Las mais attentif. Fatigué mais là. Et il note. Avec l'application d'un enfants caligraphiant bien ses mots sur son premier cahier d'écriture. Ecouter et noter, puis parler. L'homme à la carrure d'un vrai baroudeur de la politique. Il sait qu'il n'a plus beaucoup de minutes. Il n'a pas vraiment à convaincre, au coeur de cette petite assemblée, juste à montrer qu'il a une vision de la situation, qu'il peut ouvrir le chemin, poser les repères. Et il dit "luttes défensives", "ne pas lacher", "bien comprendre que c'est un système qui est à l'oeuvre, une vision idéologique". Il se pose la question à voix haute : "comment font-ils ?". Il (se) répond : "la technique est partout la même : faire endosser par un acteur du secteur - directeur d'hopital, président d'université - ce qui n'apparait que comme des changements techniques, et quand on constate que c'est une logique marchande qui est à l'oeuvre, c'est trop tard"... Le temps de trouver une image "qui parle", une formule dosée avec cette pointe d'humour iconoclaste qui fait la force de son personnage public - "c'est dans les six derniers mois d'une vie que 80 % des dépenses de santé d'une personne sont faites, alors il suffit de vivre six mois de moins pour rétablir l'équilibre des comptes de la santé" - et autour de lui on s'agite. Il est 17 h 30. Il doit partir. "Pour je ne sais où", dit il. Mais Catherine Daguerre, sa numéro deux de liste dans le Sud Ouest, reprend la parole. Elle insiste sur "la dimension humaine".

Il va se lever pour partir. On est venu m'indiquer que finalement je ne pourrai pas l'interviewer, il est vraiment pressé. Repositionnement vers la porte de sortie. Comme toujours un - et désormais souvent une, c'est le cas - responsable du "temps qui est dépassé et ce ne sera pas possible" me fait signe que non, pas d'interview. Je m'approche de Jean-Luc Mélenchon. Je lui mets le micro sous la bouche. Une question ("une logique est donc à l'oeuvre ?"). Réponse posée et argumentée du "pro". Une relance ("être élu au Parlement européen permettra-t-il d'inverser la logique ?"). Réponse argumentée et posée du pro. Ai-je une information ? J'ai un "son" dans mon appareil.

Ca y est il est parti. Happé. Quelqu'un dit que c'est dommage : "c'est quand la discussion commence à avancer sur les vrais sujets, qu'ils sont déjà partis". Une jeune femme s'approche de moi. Elle me dit que Catherine Daguerre est numéro deux de la liste et que c'est possible de l'interviewer.  J'ai en tête qu'il a été décidé de couvrir les élections européennes en faisant les têtes de liste de passage dans le Tarn. Je sais par ailleurs que dans chaque journal d'actualité en ce moment j'ai du mal à "caser" tous les sujets faits, à faire... Je dis que "désolé". La jeune femme insiste :"elle est de Gironde". "venez, vous ferez l'interview dans la voiture". Je me ravise. Je vais vers la voiture. Catherine Daguerre en ressort.  l'interview se fait dans la petite cour devant la salle Henri Texereau : "Vous avez insisté sur la dimension humaine...". Je trouverai bien une astuce pour la diffuser.

Thierry Tchukriel

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Publié dans vie politique

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